Faïence de Rouen

 XVIe siècle

La faïence française doit beaucoup à Rouen où, dès 1530 Masséot Abaquesne, contemporain de Bernard Palissy (1510 - 1590) et des fabriques de Saint Porchaire (1540 - 1560) produit de magnifiques carreaux de céramique à destination architecturale en s'inspirant du goût italien de la renaissance. Ses décors sont des scènes historiées, des motifs d'arabesque, des emblèmes et armoiries. Son chef d'œuvre est l'ensemble de carreaux produits pour décorer le château d'Ecouen propriété du Connétable de France Anne de Montmorency entre 1540 et 1548.

Il produisit également de nombreux pots destinés à la pharmacie ou à l'épicerie avec un décor également d'inspiration italienne.

Masséot Abaquesne meurt en 1564, sa veuve et son fils Laurent prennent la relève mais pour quelques années seulement.

XVIIe siècle

La faïence de Rouen ne réapparaît dans l'histoire qu'en 1644, dans le quartier Saint-Sever, date à laquelle la Régente Anne d'Autriche accorde à l'un de ses huissiers un privilège (un monopole) pour produire pendant 30 ans (puis 50 ans) de la faïence à Rouen.

L'huissier loue les services d'Edme Poterat qui, toujours s'inspirant des techniques et décors italien de l'époque qui lui-même est d'inspiration chinoise, lance le fameux décor bleu à lambrequins (ou broderies) qui d'abord sobre et limité à la périphérie des objets (assiettes et plats par exemple) deviendra de plus en plus recherché et envahissant et marquera pour longtemps le style rouennais.

La fabrique conduite par E. Poterat se développe rapidement, en 1656 il achète des terrains et fait construire une nouvelle fabrique, en 1674 il rachète, au fils de l'huissier, le privilège royal. E. Poterat meurt en 1687, sa veuve et son fils Michel lui succèdent. Au décès de Michel, en 1712, la fabrique passe dans la famille de son épouse (Leboullenger) et y restera jusqu'en 1770. Elle ferme en 1795.

Dès la fin du monopole Poterat la concurrence se développe et en 1720 treize fabriques existent à Rouen.

XVIIIe siècle

Avec le nouveau siècle une touche de polychromie apparaît, elle se limite à un très beau rouge. Cette couleur est le résultat de la présence d'oxyde de fer qui cependant rend très difficile la cuisson avec des risques de gonflements et de craquelures.

Le nouveau siècle voit également Rouen se singulariser vis à vis de Nevers et créer son propre décor "chino-hollandais". D'autres couleurs apparaissent et en 1740 on trouve des décors d'inspiration chinois aux couleurs très vives (jaune, vert, bleu, rouge et même noir brillant).

La fabrique Levasseur-Guillibaud-Lambert se distinguera en s'inspirant du décor chinois "famille verte" de la dynastie Tsing.

Vers le milieu du XVIIIe siècle le style rocaille fait son apparition. En conservant des éléments de décor chinois : œillet, grenade, corne (corne de rhinocéros), rocher percé avec lesquels coéxistent des motifs plus occidentaux : arc et carquois, scènes de la vie de l'époque, fleurs telles que tulipes ou iris,...

La fin de siècle voit la fabrique Levasseur-Guillibaud-Lambert se lancer dans une production de faïence cuites au petit feu - Dans la technique dite de grand feu le décor est posé sur l'émail non cuit donc pâteux; avec la technique du petit feu le décor est posé sur l'émail déjà cuit donc dur - le décor sera de fleurs ou encore d'inspiration orientale "aux marchands levantins" dont l'origine est une série de gravures hollandaises du début du XVIIIe.

A coté des prestigieuses productions ci-dessus, Rouen a produit, au XVIIIe des volumes considérables de faïences bon marché aux formes rustres et au décor très succinct.

Malgré leur productivité et la variée de la qualité de leurs produits les faïenciers de Rouen ont l'un après l'autre cessé leur activité à la fin du XVIIIe siècle. Les importations anglaises, la protection des forêts qui a limité l'utilisation du bois de chauffe, les fabriques de porcelaines sont les principales causes de cet arrêt.

Pour en savoir plus :
Histoire de la Faïence Française
Paris et Rouen de Dorothée Guillemé Brulon
Edition Massin
Musées:
Musée de la céramique de Rouen.
Musée Condé au Château de Chantilly.
Musée national de la renaissance au Château d'Ecouen.
Musée national de Céramique de Sèvres
Musée du Louvre à Paris