Faïence de Marseille

L'activité manufacturière marseillaise de la faïence remonte au moyen âge. Introduite par des ouvriers du monde arabe au début du XIIIème siècle elle est dédiée à la production de vaisselle, luminaires et carreaux. Le début du XIVème siècle voit son déclin et sa disparition.

Ce n'est que plus de trois siècles plus tard que la faïence réapparaît. On en a la preuve à partir de 1679. C'est une période faste pour la faïence qui se prolongera jusqu'au début du XIXème siècle.

En vedette au musée Pastré cette période est représentée par les fabriques de :

  • Joseph Clérissy, le précurseur, venu de Moustier, qui travailla avec Jean Pelletier venu de Nevers,
  • Etienne Héraud auquel succéderont sa fille, Madelaine et son beau-fils Louis Leroy,
  • Joseph Fauchier, ouvrier à la fabrique Clérissy, directeur de la fabrique Héraud-Leroy, il ouvrit son propre établissement vers 1730. Il teint une place importante au sein de la corporation des faïenciers
  • La Veuve Perrin qui succéda, à trente neuf ans, à son époux qui avait ouvert sa fabrique quatre ans plutôt. La veuve Perrin, au travers de plusieurs associations avec d'autres faïenciers ou avec ses enfants, gérera sa, puis ses fabriques jusqu'en 1793 à l'âge de quatre-vingt-quatre ans. Ses ateliers fermeront en 1803.
  • Honoré Savy, peintre sur faïence en 1745, après une formation classique de dessinateur il devint membre associé de l'Académie de Peinture et de Sculpture. Il travailla pour divers fabricants avant de s'installer en association avec la Veuve Perrin. A partir de 1764, il exploita sa propre fabrique. Le droit de fabriquer de la porcelaine ne lui étant accordé en 1766 qu'avec des restrictions il renonça à son projet. Il reçut, dans sa fabrique, en 1777, le futur Louis XVIII, alors frère du Roi. Cet accueil laisse penser que la production de cette fabrique était très appréciée à l'époque. Il meurt sans descendance directe en 1790.
  • Gaspard Robert ouvrit sa fabrique en 1754, embaucha de nombreux apprentis dont certains issus de l'académie des beaux arts ont été primés. Grâce à la dot de sa femme il put investir massivement dans son entreprise. En 1773 il créa une fabrique de porcelaine en association avec Jean-Jacques Dortu, français dont les parents protestants avaient émigré à Berlin où il avait fait ses études et son apprentissage. Dortu apporta sa connaissance des techniques de la porcelaine. J.J. Dortu quitta la fabrique quatre ans plus tard, il est le fondateur de la fabrique de porcelaine de Nyon en Suisse en 1781. La fabrique de G. Robert fut également visitée par le futur Louis XVIII lors de son passage à Marseille. Gaspard Robert s'éteint en 1799.
  • Antoine Bonnefoy, apprenti de G. Robert à partir de 1762, ouvrit une fabrique de faïence avec son frère, Joseph en 1777. Après des débuts difficiles qui entraînèrent le départ du frère et grâce à la vente de produits de basse qualité l'entreprise fut bientôt florissante et autorisa la production de pièces de très belle qualité. Après sa mort en 1795 sa fabrique sera dirigée par son fils puis par la veuve de ce dernier jusqu'à la fermeture définitive en 1815.

 

La technique décorative:

Dernier quart du XVIIème siècle :

La décoration n'utilise que le bleu et le manganèse (rouge-noir), elle représente des blasons familiaux, des illustrations alors à la mode comme celles d'Antonio Tempesta consacrées à la chasse ou des scènes d'inspiration littéraire antique (Ovide) ou contemporaine (l'Astrée d'Honoré d'Urfé).

Premier quart du XVIIIème siècle :

Progressivement la couleur manganèse disparaît au profit du seul bleu.

Milieu du XVIIIème siècle:

Le thème décoratif dit "aux chinois-fleurs " plus connu sous le nom de " aux chinois-grotesques " qui s'est déjà répandu dans la décoration en France comme en Espagne, apparaît sur la faïencerie marseillaise. Il se caractérise par des motifs principaux décentrés, des décors floraux partant du bord de l'assiette et des figurines vêtues à la chinoise avec un rameau feuillu planté sur la tête. A partir de quelques motifs de base, ce style permettait la réalisation d'une infinité de décors.

A côté du bleu apparaissent des décors polychromes ; mais n'utilisant que des couleurs simples. On notera également un toute première utilisation de décors de fleurs représentées de manière " naturaliste ".

1750 - 1755

Apparition d'un décor central en camaïeu de jaune, qui sera très utilisé dans la seconde moitié du siècle et qui restera pour la postérité caractéristique de la fabrique Fauchier.

1755 - 1770

Les faïenciers marseillais essaient de se différencier des autres fabriques nationales en évoluant vers des décors de fleurs au naturalisme très recherché, aux couleurs vives et contrastées atteignant ainsi un baroque qui leur est propre. Cette peinture raffinée exécutée par des peintres formés à l'Académie se prolongera jusqu'en 1770.

A côté des motifs polychromes cette période verra également se développer des motifs monochromes verts ou plus rares pourpres.

La mode de la Chine dont nous avons vu précédemment les effets sur la faïencerie se renouvelle avec des motifs plus fins que les grotesques, dit "à la Pillement" avec systématisation d'oiseaux branchés en motifs secondaires sur l'aile des assiettes.

1770 - 1780

La peinture florale se rigidifie par son positionnement dans l'assiette (ou le plat qui sont les pièces les plus usitées): Un motif principal décentré vers l'aile de l'assiette composé de plusieurs fleurs dont la rose souvent disposée en nœud central du motif à partir duquel s'élèvent une ou deux hampes en V. Le motif central décentré permet de disposer deux ou trois motifs secondaires composés d'une ou de plusieurs fleurs sur l'aile.

De manière plus ou moins précoce selon les fabriques, la représentation très naturaliste des fleurs laisse place à une technique plus picturale favorisant la naissance de typologies décoratives propres à chaque fabrique.

Marseille traverse une période économiquement difficile. Les Faïenciers vont donc privilégier la productivité et réduire le temps consacré au décor. La frugalité du décor sera compensée par l'utilisation d'or (dans les filets de bordure par exemple).

A côté du décor floral, la France du XVIIIème qui s'ouvre sur le monde, s'intéresse aux sciences naturelles. Les artistes peintres vont donc largement utiliser animaux, oiseaux, poissons, insectes et crustacés. Etant donnée la région on retrouvera souvent un décor dit "aux trophées de poissons"

Vers 1785

Le décor "à la reine" composé de petits bouquets et de fleurettes barbeaux dit "de barbeaux" avait été inventé pour la reine Marie-Antoinette vers 1775. Il arrive à Marseille quelques années plus tard.

 

La fin du XVIIIème siècle voit le déclin et la disparition des faïenceries de Marseille (1830).

Pour en savoir plus:

Un Livre:

La Faïence de Marseille de 1679 à 1830 - 1997 - musée de la faïence - 23 x 30 cm - 304 pages - 439 illustrations couleur - 19 noir - broché - Réunion des musées nationaux - Diffusion Seuil -

En vente dans notre librairie en ligne - Cliquez ici.

Un musée:

Château Pastré
157, av de Montredon
13 008 Marseille
Tél: 04 91 72 43 47

Attention, le musée est difficilement accessible car situé à environ 1km de l'entrée du parc, où l'on doit laisser son véhicule. Un petit train fait la navette toute les 30mn mais ne fonctionne pas entre 12h00 et 14h00. Il faut donc arriver par ex. à 9h30 si l'on veut avoir le temps de voir les collections et "d'attraper" le train de 12h00. On ne félicite pas la ville de Marseille. Un avantage: il n'y a pas foule.